Francis Carco.
Publié le 21/11/2009 à 11:05 par soleildanslatete
Francis Carco de Montmartre au Quartier Latin.
Des poètes de sa génération (il est mort en 1958) Francis Carco est celui qui a connu le plus de peintres et de poètes en dépassant les strictes limites des écoles et des clans. La vie artistique et littéraire, surtout dans l'entre deux guerres s'est déroulée selon des courants qui s'ignoraient : d'un côté l'avant-garde, personnifiée par le surréalisme de l'autre la "tradition" qui va de Jules Romains à Paul Jean Toulet, en passant par Mauriac ou Malraux. Un noyau s'est pourtant constitué sur des souvenirs de jeunesse et une vie de bohème dont la Butte Montmartre était le cadre. Francis Carco en est une figure majeure. Pourtant il aura aussi bien connu Apollinaire et Picasso que Colette et Utrillo. La bibliographie des ses ouvrages illustrés est significative. Elle souligne des fidèlités à un art moins aventureux que savoureux, chargé d'une poésie intimiste, flirtant avec un réaliste pittoresque. On y trouve Maurice Vlaminck, André Derain, Suzanne Valadon, et des illustateurs comme Eugène Clairin, Maurice Legrand, Dignimont et surtout Chas Laborde le plus inventif (on ira à sa rencontre).
Publié le 20/01/2009 à 12:00 par soleildanslatete
Francis Carco soigne son image dans ce Paris des "Années folles", entre petites frappes de Montmartre et nostalgie à la Gérard de Nerval. Plus proche des artistes qui disent le monde dans ses soubresauts et ses fragiles séductions que des mystères de l'inconscient et le merveilleux prôné par le surréalisme. Il milite pour une poésie proche de la chanson, de la fantaisie verbale et au rythme du coeur.
Il parie plus pour Utrillo ou Dignimont (qui fait son portrait et illustre ses livres) que pour Miro ou Max Ernst maîtres d'un art d'expérimentation. Il procède d'un héritage (Villon, à qui il rend hommage) et ne préconise pas une avancée audacieuse dans l'espace de la culture. Le poids des sentiments plutôt que celui d'une aventure de l'esprit.
J'ai le souvenir d'une édition très usagée d'un recueil de poèmes (est-ce "La Bohème et mon coeur") mais assez richement relié, qui traînait dans la bibliothèque familiale. Certains poèmes étaient annotés, des phrases soulignées, c'est ainsi, nous dit-on, qu'on assimile le mieux un texte. Le rôle du crayon dans l'appui de la mémoire.
L'élégance un peu narquoise, un rien voyou, de Carco vissé sur un tabouret de bar, c'est l'image du poète dans l'errance urbaine qui alimente son oeuvre. Carco y avait-il rendez-vous avec son ami Paul-Jean Toulet, ou le farceur Willy, à moins que ce ne soit avec quelque belle flambeuse de Pigalle dont il connaissait tous les secrets.
Publié le 22/04/2008 à 12:00 par soleildanslatete

Alors que la poésie se livre à de furieux assauts de modernité, s'ouvre à des rythmes nouveaux, chahutés, les poètes fantaisistes "fédérés" par Francis Carco, revendiquent plutôt l'héritage des classiques ou encore des précieux des XVI° et XVII° siècles. On est plus du côté de Ronsard que de Cendrars. Et pourtant, dans l'optique du mot à facette comme l'enseigne un Mallarmé attaché à lui rendre son sens plein. Sinon que, celui-ci, exige du mot qu'il soit essoré de toute vulgarité, pour retrouver son essence même, alors qu'autour de P-J.Toulet, et surtout celui-ci, le poète joue avec le mots. Il n'est pas partisan de la spontanéité, voire de la culture de l'inconscient que préconise le surréalisme, mais le poème est le produit d'une chose construite, un peu comme pour Valery, sinon qu'il ne prétend pas intellectualiser la pensée mais à en dire la profonde adhésion avec des instants de perfection mentale. Dans le creuset de la mémoire par exemple. Certaines phrases de Toulet, complexes en leur développement et si riches de connotations, pourraient rivaliser avec Marcel Proust. Avec peut-être, paradoxalement, un rien de désinvolture qui n'est pas dans le propos de l'auteur de "La Recherche du temps perdu" et une sorte de fraîcheur retrouvée au delà de l'effort créatif. La poésie n'est pas non plus guidée par une théorie. Les fantaisistes ne constituent par une "école" à une époque où il y en a tant, où toute avancée dans le domaine de la création semble ne pouvoir se concevoir que sous une bannière qui en affiche les ambitions. Ils restent des indépendants, et leur production est relativement mince, de surcroît furtive dans la précipitation des courants esthétiques et artistiques qui précédent la première guerre mondiale.
Publié le 18/04/2008 à 12:00 par soleildanslatete
De Montmartre au Quartier Latin.
De Montmartre au Quartier Latin était l'itinéraire presqu'obligatoire de ceux qui, au début du XX° siècle, aspiraient à la gloire. Picasso avait montré le chemin. C'est que la Butte Montmartre avait déjà un riche passé. Toulouse-Lautrec, côté bastringues, Renoir côté jardins avaient planté leur chevalet parmi les moulins et Van Gogh y fait un séjour fulgurant. On souffre et s'amuse entre Bateau lavoir ici pour la misère, Moulin Rouge là pour les filles et la musique. En invité d'honneur le bon douanier Rousseau y sort son violon pour faire danser la société choisie que Picasso avait convié pour le fêter, de Marie Laurencin et Apollinaire à André Salmon qui lui, montparno , faisait le lien entre le passé et le futur. Toute cette joyeuse équipée va en effet quitter la rive droite pour occuper la rive gauche, Montparnasse pour les peintres, le Quartier Latin pour les écrivains. C'est l'histoire d'une migration de l'esprit et de la fantaisie, avec ses cortèges de filles ici modèles, là muses, et toujours dans l'esprit le plus inventif. Bientôt la légende va s'emparer de cette histoire. Mais Roland Dorgelès et Francis Carco sont des témoins de premier main, acteurs même de cette histoire. Ils la content avec verve et un sentiment parfois de mélancolie. La Butte Montmartre ce fut leur jeunesse, le Quartier Latin l'entrée dans la vie publique, et même pour l'un comme pour l'autre la reconnaissance de leur talent. Pourtant Carco aime encore évoquer des souvenirs plus tendres où passe parmi tant d'autres ombres, celle de Verlaine, le piéton d'un Paris de plaisir et de souffrance.