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Par ANNE, le 07.10.2009

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Dernière mise à jour : 06.11.2009
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le douanier Rousseau par la porte étroite.

Publié le 06/11/2009 à 12:06 par soleildanslatete
le douanier Rousseau par la porte étroite.
On a pu déduire de l'enfance d'Henri Rousseau, dans une des portes de l'enceinte fortifiée de Laval, certaine attirance qu'il aura, par la suite, pour le phénomène du "seuil". La Porte Beuchère est, en effet, la survivance de ce qui fut le système de défense militaire médiéval que la ville avait conservé. Un signe de splendeur pour une famille qui va pourtant quitter l'endroit.
Devenu douanier (gabelou en fait) Henri Rousseau portera une attention particulière aux postes de douanes qui enfermaient alors Paris dans une politique de taxes qu'il fallait payer pour l'entrée des marchandises. Rousseau était alors au coeur du système dont il était l'employé.
Piéton méticuleux d'un espace qui restera urbain et timidement banlieusard Rousseau compose des paysages qui sont de son quotidien. D'où les portes d'octroi.
Retour en arrière :
Conséquence des ambitions puériles de son père quincaillier épris de grandeur et qui s'est lancé dans des aventures immobilières aventureuses qui vont précipiter la famille dans la faillite. N'avait-il pas choisi d'acquérir cette porte monumentale d'un Laval médiéval (la porte Beuchère) dont l'avait séduit le caractère seigneurial.
Une porte donc. Etroite. Sa vocation défensive le voulait. Elle s'inscrivait dans la clôture protectrice d'une ville alors ceinte de murailles.
D'elle, par la suite, Rousseau sera conduit à faire la sentinelle dans ces petits fortins qui encadrent les passages de l'octroi parisien.
Etrange et exemplaire parcours qui le place toujours aux franges de la ville, aux abords prometteurs de la nature qui se déploie avec grâce et innocence aux approches de la ville.


Champfleury enfant de Laon.

Publié le 06/11/2009 à 10:46 par soleildanslatete
Champfleury enfant de Laon.
Doit-on suivre Saint Beuve postulant pour la théorie qui veut qu'une oeuvre est étroitement liée à son auteur, et que connaître celui-ci permet de mieux comprendre celle-là.
En témoigne bien Champfleury qui a nourri son oeuvre de son enfance et de sa vie parisienne dans la tranche de la bohème.
Né à Laon, en 1872, dans une famille de la petite bourgeoisie (son père était fonctionnaire de la ville et sa mère avait une boutique d'épicerie et de bimbeloterie).
Son enfance est solitaire et quasi "sauvage", livré à lui-même, il est le type même de provincial "monté" à Paris et découvrant la "vraie vie". Il est significatif qu'il ait rédigé une biographie d'Henri Monnier, le créateur d'un personnage type de sa génération.
Ce n'est pas un personnage à la Balzac, mais son cousin,mené par une certaine fantaisie qui est celle même de Champfleury dont chacun souligne le caractère jovial et même une certaine innocence. qui débouchera, avec le temps, sur une certaine mélancolie. Ce qui ne l'empêche pas de créer lui-même des personnages qui sont ceux des arrières boutiques, des loges de concierge. Ce sera "La mascarade de la vie parisienne". Il portera sur ses compatriotes un regard narquois (Les bourgeois de Molinchart) annonçant là la cinglante verdeur de Jouhandeau. Son immense curiosité le conduit à se porter au secours du Naturalisme (à travers Courbet) ce qui lui vaut le titre de théoricien du naturalisme . En toute logique il s'attache aussi aux Frères Lenain "peintres laonnois" et surtout à la caricature et à la faïence.
Qu'il ait enfin aimé les chats au point de leur consacrer un ouvragre le rend naturellement sympathique.

Du musée au Salon.

Publié le 05/11/2009 à 12:24 par soleildanslatete
Du musée au Salon.
La promenade au musée faisait partie des rites mondains de la bourgeoisie quand celle-ci se targuait de culture et progressait socialement grâce à elle. Elle touchait aussi le "peuple" qui, poussé par la ferveur révolutionnaire, voulait accéder à la connaissance de ce qui, jusqu'alors, avait été le privilège des classes "supérieures".
Le cabinet de curiosité de l'homme cultivé du XVIII° siècle était devenu public, ouvert à tous. On le fréquentait en général chaperonné par un aîné en mesure de donner les clefs de la signification des oeuvres qui y étaient présentées, surtout la peinture qui a toujours suscité de nombreux commentaires. On y allait en groupe, ou en couple, car porté à commenter, l'art étant le support d'une culture historique. Il raconte le passé, les légendes, les hauts faits de l'Histoire. Il est l'expression d'une recherche du beau. Voire de l'absolu (Balzac) une élévation de l'esprit qui implique qu'il est abordé comme une religion. On ne va pas au musée comme l'on va au jardin. Encore qu'un brin de coquetterie n'en soit pas totalement exclus.
Parce que le musée est le label de l'excellence il implique du visiteur une attitude respectueuse, presque religieuse. C'est le Salon, dans sa version ouverte au XIX° siècle, qui va modifier l'attitude des visiteurs et faire courir le rire sur les foules comme en susciteront les avancées de la peinture (l'Impressionnisme). Le respect s'est perdu, remplacé par la critique, voire le scandale. C'est l'amorce d'un divorce profond de l'art avec son public. Il va devenir le territoire expérimental des formes mêmes d'expression, et gagner un nouveau public : celui des spéculateurs.
Et, aujourd'hui, fréquenter le musée n'est pas étranger à une forme de snobisme.

De Lascaux à Picasso l'écriture de la colère.

Publié le 05/11/2009 à 10:35 par soleildanslatete
De Lascaux à Picasso l'écriture de la colère.
C'est l'écriture de l'idée au stade premier, impulsée par l'émotion (ou la colère) un sentiment fort qui ne se pare pas des oripeaux de la représentation sociale (de l'élégance) et ne craint pas même la violence. Comme un cri qui n'a pas encore trouvé sa formulation en mots. Cheval ou poing dressé, les deux confondus, et plaqué comme une insulte, (la force incontestée du graffiti) dans un élan qui interdit toute spéculation. C'est quand il va à l'essentiel que l'art évite les détails, la tournure flatteuse, et même la maîtrise de son émotion. Ce n'est pas la maîtriser que de lui donner la priorité sur toute convention du discours. Allant à l'essentiel, l'art retrouve ses racines. N'est-il pas singulier qu'ici Picasso retrouve la force déclamatoire, intransigeante, des peintures murales de Lascaux. Hymne à la bête blessée ici, et là prise en charge de la douleur sous le signe du cheval, le compagnon le plus fidèle de l'homme dans ses combats, ses tragédies.

Robert Desnos le veilleur du Pont au Change.

Publié le 03/11/2009 à 22:24 par soleildanslatete
Robert Desnos le veilleur du Pont au Change.
La pâle Sainte Geneviève de Paul Landowski, sur le pont de Tournelles veille sur un Paris qui fut Lutèce et de ce point de vue, redoutait l'arrivée sacrilège des barbares. Elancée et pieuse, elle n'est que l'ombre de cette aventure qui a des échos d'épopée. Par le fleuve viennent les envahisseurs, l'eau est la dynamique des voyages de conquêtes.
Il n'y a pas, sur le Pont au Change, de figure tutélaire pour défier l'ennemie. Simplement des mots, par un poète agencés en forme de mélopée. C'est Robert Desnos qui s'y est mis. Et avec l'ardeur de la colère, la fièvre de la foi.
Voici le veilleur du Pont au Change.
Une vision ample, où Desnos porte un regard sur un Paris aussi vaste que sa douleur quand l'occupant plombe les mots qui parlent d'amour et de liberté.
"Je suis le veilleur de la rue de Flandre.
Je veille tandis que dort Paris."
Et de divers coins de la grande ville surgissent des lieux d'où le veilleur assure sa mission : le Point-du-Jour, la Porte Dorée, la Poterne des Peupliers. "Au sud, au nord, à l'ouest / ce ne sont que fracas de guerre, convergeant vers Paris"
Alors Robert Desnos affirme son identité : "Je suis le veilleur du Pont au Change". Sa voix enfle et porte sur l'étendue du monde "dans les lourds relents de l'océan Pacifique" d'Alger, Honolulu, Tchoung-King, Fez, Dakar, Ajaccio, du lac Ilmen à Kief, et du Dniepr au Pripet.
Moins statufié que porté par une saine colère.
Point central de cette clameur immense, le Pont au Change, qui fait partie de l'univers familier de Desnos qui a tracé entre le Châtelet, les Halles et la Tour Saint Jacques l'itinéraire de sa quête poétique.

Dans l'atelier de l'imprimeur.

Publié le 03/11/2009 à 11:05 par soleildanslatete
Dans l'atelier de l'imprimeur.
Image de la nostalgie. L'atelier de l'imprimeur était alors une sorte de laboratoire où l'on avait une connaissance profonde des matériaux entrant dans la composition du livre. Un rapport manuel avec le plomb des caractères, une approche minutieuse du texte que l'on recomposait lettre par lettre, en mesurant tout le poids de chacune d'entre elle, dans le sens donné au mot qui y prenait une valeur plus solennelle.
De même, on maniait le papier, souvent de haute qualité, avec un respect profond pour ce qu'il représentait d'effort, d'ingéniosité, pour survivre au temps, valoriser le texte qui s'y imprime avec quelque chose de définitif. Le papier était "l'esprit de la nature" ( comme on dit l'esprit du vin), fait de bois et de chiffon, une quintessence et une chimie savante des matières mises à contribution.
Notons que l'on pouvait parler de presse pour l'imprimerie, comme on en parlait dans la culture du vin. Presser, pour tirer l'essentiel de ce que contient la matière utilisée.
N'est-il pas significatif que la survivance de cet esprit artisanal se confond avec l'édition de la poésie. Un domaine où les mots prennent toute leur signification.

Visite à Man Ray

Publié le 02/11/2009 à 12:12 par soleildanslatete
Visite à Man Ray
Conversation avec Man Ray, dans son atelier rue Férou. (suite).

Je venais de trouver dans la caisse d'un bouquiniste, rue de l'Odéon, en allant chez Man Ray, le petit livre qu'avait publié Georges Ribemont-Dessaignes. J'appréciais l'alliance fraternelle de ces deux esprits espiègles.

- Vous êtes un artiste qui considère qu'il n'y a pas de technique privilégiée en art. Vous en faites un principe. Ce qui compte, c'est l'idée, et peu importe le véhicule. Si bien que vous avez fait de la peinture, de la photographie et vous composez aussi des objets, les agencez pour leur leur donner un sens au delà du problème esthétique, enfin vous avez abordé le cinéma (on en parlera une prochaine fois).
-Il faut dire une chose, si j'ai plusieurs cordes à mon arc la cible est toujours la même. Je me sers du médium qui convient le mieux à mon idée. Par exemple, je peins des choses que je ne peux pas photographier (ma vision dans ma tête ou un rêve), je photographie les choses que je ne veux pas peindre. Mais je peux changer d'idée en cours de route. Par exemple préparer une nature morte (je n'aime pas le terme) pour la peindre et finalement, parce que l'effet du rendu sera meilleur, prendre mon appareil photographique. Et clic-clac, c'est dans la boite.
Une anecdote pour illustrer ce propos. C'est en Amérique. une petite fille vient dans mon atelier, c'est une voisine, Elle regarde ma peinture sur le chevalet et l'objet sur la table, que je viens de peindre. : Alors, tu aimes ma peinture ? Oh oui, elle est très jolie, mais pourquoi as-tu deux fois la même chose? "
Pensez la chose comme vous voulez, ce sont souvent les enfants qui vous mettent devant les vrais problèmes.
- Le cinéma ?
- Oui, alors, après avoir fait tant de photos, certaines de mes compositions qu'on appelle abstraites (remarquez qu'elles ne sont pas abstraites, car tout est concret !)
je voulais voir les choses en mouvement. Alors j'ai commencé à tourner, je les faisais bouger, tourner, mais ce n'étaient que de très modestes petits films.
- Vous faisiez des films pour votre seul usage, un peu pour vérifier votre travail.
- En quelque sorte.
- Pourtant la tentation était grande d'aller un peu plus loin. C'est comme ça qu'est né "L'Etoile de Mer". Il est passé au studio des Ursulines, un haut lieu du cinéma d'avant garde, fréquenté par les surréalistes puis au Cinéma du Vieux Colombier.
- En somme il a amorcé sa carrière de film de référence. Ce qu'il est devenu.

Rancillac sculpteur

Publié le 01/11/2009 à 10:42 par soleildanslatete
Rancillac sculpteur
Rares sont les sculptures de Rancillac qui ne s'y est risqué que très prudemment.
Une figure à la découpe rude, retrouvant l'esthétique de la Vénus callipyge, m'aura suivi dans mes déménagements et trouvant, parfois, l'accueil de la nature qui renforce son caractère rustique (ce fut à Pierrefitte du temps de Sens Plastique, puis à La Celle sous Montmirail, lors de l'expérience éditoriale des "Pages du Pelais" qui publiera des textes de Dominique Fernandez, Pierre Albert Birot et naturellement le facétieux Forneret, enfin à Grandvilliers sous les hauts arbres de ce qui fut un parc). Elle prend de l'âge, la pierre (tendre) tend à s'effriter, sa chair absorbe les caprices du climat, de son environnement, au pied d'un arbre centenaire. On la dirait venue du fond des âges. Ayant acquit le caractère vénérable d'une idole.

Le musée d'Alexandre Lenoir annonce le romantisme.

Publié le 31/10/2009 à 15:04 par soleildanslatete
Le musée d'Alexandre Lenoir annonce le romantisme.
Il faut beaucoup d'imagination à celui qui, musardant dans les locaux de l'Ecole des Beaux Arts (son cloître, sa chapelle), veut retrouver les jardins d'antiques qu'y créa, en 1795, Alexandre Lenoir : le Musée des Monuments français.
Un curieux personnage que cet Alexandre Lenoir que choque le vandalisme révolutionnaire et qui décide de sauver ce qui peut l'être encore, rassemblant dans les anciens jardins du palais de la reine Margot (la première femme d'Henri IV) les vestiges des couvents, églises, monuments que la rage destructrice de la Révolution avait mis à mal. Une destruction conduite avec aveuglement et passion parce qu'elle atteignait tous les symboles d'un pouvoir honni.
Alexandre Lenoir prend possession des lieux et organise dans l'urgence un espace de nostalgique méditation qui va marquer toute une génération.
Il avait un rôle pédagogique d'autant plus qu'il va influer sur l'époque et préparer le romantisme.
Avec le jardin d'Ermenonville, marqué par la présence de Jean-Jacques Rousseau, le musée des antiquités nationales va devenir le but d'un pèlerinage culturel.
Victor Hugo y va parfaire son goût pour le moyen-âge et surtout Michelet y développer sa vocation d'historien.

La malle de Pessoa.

Publié le 30/10/2009 à 10:23 par soleildanslatete
La malle de Pessoa.
L'héritage du poète.

Celui-là, ou un autre. On le voit écrire (avec discrétion), ou l'on sait qu'il écrit. Il n'en fait pas métier, n'en fait pas carrière. L'écriture c'est sa messe basse, c'est son mystère, c'est son souffle. Alors, patiemment, années par années, les cahiers se sont entassés dans une malle. Pourquoi une malle. L'idée du voyage, du départ, d'un autre destin ?
Une malle abandonnée laisse toujours supposer une tranche de vie. Elle peut être aussi sa version macabre. On y entrepose parfois un cadavre, un autre mystère.
Une malle donc. C'est innocent et sans relief. C'est surtout standard. Comme les cahiers. On pourrait y faire des comptes, et ce sont souvent des cahiers pour comptabilité dont font usage les poètes qui y enserrent leurs textes.
L'oeuvre ne peut vivre, voir le jour, que l'auteur disparu. C'est sa seconde vie. Plus qu'une survie. Sans doute il entre dans la légende, il est forcément grandit puisqu'il est reconstruit. De toutes pièces. Avec des souvenirs, des témoignages, des documents qui sont les miroirs d'instants, d'événements qu'on aura tendance à enjoliver.
Il est des malles mythiques, comme celle où Blaise Cendrars prétendait avoir déposé des pans entiers de son oeuvre ; des malles qui sont un peu une bouteille à la mer, comme celle de Raymond Roussel retrouvée au garde meubles, contenant des oeuvre inédite, des manuscrits précieux. Des malles qui sont un peu la bibliothèque de l'avenir de l'oeuvre qui y est enclose. C'est celle de Pessoa.


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