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Nom du blog :
soleildanslatete
Description du blog :
tribune autour de l'art et la littérature
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
30.12.2007
Dernière mise à jour :
16.05.2008
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Félix Labisse, de mémoire.

Posté le 31.03.2008 par soleildanslatete
Félix Labisse, de mémoire.

En un premier temps, ce fut la découverte, dans une librairie du vieux Laon (la ville haute), d'un petit fascicule sur le peintre Labisse par Robert Desnos. Des images étonnantes, jouant sur des effets d'étranges perspectives, des décalages, des reports, des jeux d'ombre, et la présence, lancinante, d'une femme idéalisée. Pas du registre de la pin-up alors à la mode, encore qu'elle en ait les mensurations plaisantes. Quelque chose de démodé dans l'allure, peut-être l'idée d'une déesse descendue de son Olympe pour se mêler au monde d'un poète, fait de fleurs, d'oiseaux et d'une nature un peu folle.
Et puis ce fut la visite au peintre lui-même. Un hôtel particulier avec son jardin, du côté de la rue Saint James, à Neuilly, avec la présence douce du bois de Boulogne qui donne à l'endroit de faux airs de campagne. Un intérieur bourgeois et un peu ostentatoire. Et une collection d'objets bizarres, dont un fauteuil provenant, disait le peintre avec gourmandise, de chez Anatole France. Une extravagante composition à partir de cornes d'animaux. C'est que Labisse cultive l'insolite, se targue d'une appartenance du collège de Pataphysique (il fait le portait d'Alfred Jarry) et joue volontiers du calembour, de l'énigme. La présence de la femme n'incline pas son monde dans une sensualité de convention. Elle le précipite dans un espace mystérieux, volontiers théâtral (il fera des décors pour Jean Louis Barrault), où la féminité est figée dans une espèce d'interrogation. Une mise en question ?

Edmond Heuzé la voie de la poésie.

Posté le 30.03.2008 par soleildanslatete
Des peintres vus par les écrivains.

Cela relève de la confidence. Le milieu médical était, entre les deux guerres, largement informé de la vie artistique grâce à une abondance de publications ( en général luxueuses) où l'on faisait appel à des écrivains pour parler d'art, évoquer les peintres qu'ils aimaient. J'y ai, encore dans l'innocence ( et l'inconscience) de la très grands jeunesse, conclu qu'art et littérature étaient intimement liés. C'était, d'ordinaire, une entente entre des peintres d'un réalisme fort personnalisé, se situant quelque part du côté de Montmartre, et des écrivains qui y avaient fait leurs débuts. Des parents montmartrois confortaient cette idée que l'art y était particulièrement vivace, et je confondais dans une agréable symphonie de mots et de couleurs Utrillo et Carco, Dorgelès et Van Dongen, Picasso et Max Jacob, Reverdy et Braque. Dénué de tout préjugé, on pouvait admirer, avec le même enthousiasme, Gen Paul (quand il illutrait Louis Ferdinand Céline) et Picasso quand il chahutait le monde du réel avec André Salmon. Cette ouverture sera bénéfique à l'amateur d'art, nocive à celui qui s'engage dans la vie active du milieu artistique et doit prendre parti, opter pour des courants, se battre pour des théories quand il pensait que l'art n'est pas un terrain de lutte pour faire valoir des idées mais un formidable inventaire des formes, des idées, des rêves de ceux qui s'y illustraient et donnaient le meilleur de leurs possibilités pour en traduire l'essentiel, la chair même. Un grand père qui fut, disait-on dans la famille, un compagnon de débauche de Pascin, un père qui collectionnait les peintres surréalistes, une mère qui fut admirative de Lucien Coutaud, et Picabia, Magritte qui entrent dans la danse, et André Masson à qui je portais une admiration toute particulière, quelle ouverture sur le monde de l'art qui ne passe pas par les conventions, les mots d'ordre du snobisme et s'appuie essentiellement sur la complicité des écrivains qui sont des agents de cette vision déjà perçue chez Apollinaire ( à qui on a si souvent reproché cet éclectisme ( le vilain mot), et se poursuit chez tous les poètes qui parlent de peinture. A travers elle, ils parlent d'eux, et c'est pourquoi ils nous touchent.
Cette réflexion m'est venue en pensant à la découverte du peintre Heuzé (aujourd'hui bien oublié), grâce à une petite publication publicitaire d'un laboratoire pharmaceutique. Chantre de la vie montmartroise, personnage haut en couleur, (un peu comme Morère - on le retrouvera dans ces pages-) il incarne l'artiste hors des banalités du quotidien, et quand il les aborde, c'est pour en faire un enchantement de l'esprit et du coeur.

Youki, le grand amour de Robert Desnos.

Posté le 30.03.2008 par soleildanslatete
Youki, le grand amour de Robert Desnos.

Elle a un nom de chien que l'on cajole, qui fait la loi dans la maison. Evoquant un être ébouriffé (ébouriffant) pétulant et proche du plaisir. Objet de plaisir et d'amour. Elle fut la muse de Foujita (un beau portrait d'elle, en odalisque), elle sera le grand amour de Robert Desnos. Un être de joie, de fantaisie, avec un rien de dissipation dans l'esprit qui est la porte ouverte à la poésie. Elle fut reine d'un poète qui s'alimentait au philtre de l'amour (une sorte de troubadour des temps modernes), elle fut reine d'un cercle d'amis qui se pressaient rue Mazarine dans l'appartement du poète qui fut aussi, durant l'occupation, un haut lieu de la résistance. Desnos en fut le martyr, elle en resta la muse sans poète, mais un jour pourtant, en juste consolation, celle d'un peintre qui porta le dessin à ses accents les plus "juteux", parfois expressionnistes (Espinouze) et lui-même ami des poètes (il fut celui de Jean Rousselot).
Youki était devenue une figure familière de la rue Mazarine, des galerie de la rue Guénégaud. Elle avait conservé sa faconde, un rien de populisme qui en aurait fait une admirable figure d'un film de Jean Renoir. Ce que le corps avait abandonné à l'âge, l'intensité d'une vie de si haute ferveur au nom de l'amour lui avait donné un accent qui la distinguait. Elle était aussi une mémoire.

Le Paris des Surréalistes

Posté le 30.03.2008 par soleildanslatete
Le Paris des surréalistes.

Le développement de la poésie n'échappe pas à l'influence des lieux où elle se conçoit, se développe, trouve son cheminement, car il se créé un lien étroit entre les mots et l'ambiance environnante, le creuset dans lequel ils trouvent leur sens.
D'ailleurs le poète explore son environnement, en extrait des éléments qui enrichissent son travail, parfois l'inspirent. Plus que tout autre démarche poétique celle des surréalistes a largement profité de son contexte, et s'est développée à la lumière des lieux qu'elle explore, dont elle tire sa plus puissante force de communication. On peut retracer toute une géographie du Paris des surréalistes avec les lieux d'élection (souvent insolites et étrangers au rite du tourisme : voir le square Saint Julien le Pauvre qui était, dans les années 20 quasiment un terrain vague), leur propre lieu d'habitation (le fameux 42 de la rue Fontaine où réside André Breton), et de réunion (dont les cafés et particulièrement le Café Certa, aujourd'hui disparu, et qui nichait au coeur de ce passage de l'Opéra, qui, à en croire Aragon (dans "Le paysan de Paris"), évoque un climat d'aquarium, une lumière tremblante et troublante, ou encore le Cyrano (proche du Moulin Rouge).
Ce n'est pas un Paris d'éclat, ni marqué par l'Histoire ou un patrimoine architectural, mais un inventaire de lieux magiques et une exploration d'une ville en ses sources secrètes, ses mystères et l'espace de fascination qu'exerce sur les esprits, la "théorie des traces" . On y reviendra.

Messaline les turpitudes d'une impératrice.

Posté le 29.03.2008 par soleildanslatete
Messaline icône de la débauche.

Elle est, pour les historiens, "la putain impériale". Légère, elle passera dans la postérité pour dépravée. On allait jusqu'à l'accuser de mener une double vie. Impératrice le jour, aux côtés de l'empereur Claude son époux, dans le faste d'une cour opulente, pensionnaire des mauvais lieux la nuit. Juvénal aura été l'un des premiers à poser les jalons d'une exécrable réputation, Tacite, de son côté, précise "l'excès d'infamie fait jouir au suprême ceux qui ont épuisé les autres plaisirs", soulignant le caractère excessif de sa conduite et l'atteinte d'une certaine frontière qui marque les limites mêmes de la condition humaine face au plaisir. D'où l'on ne revient jamais indem.
Personnage clef d'un fantasme mythologique qui précipite les figures de l'Histoire (un être ordinaire n'y présenterait aucun intêrét) dans les abîmes de l'horreur (Héliogabale y a sa place), au sein même d'un enfer de chair et de sang, de stupre et de splendeur, car la possession du pouvoir donne encore plus de prix à une démarche qui défie les lois sociales, morales et impose sa quête quitte à s'y détruire.

La Cicciolina, une poupée dévergondée.

Posté le 29.03.2008 par soleildanslatete
La Cicciolina une poupée de chair.

Il fallait, au monde fermé du cinéma X, une vedette qui en brise les conventions et lui apporte un brin de fantaisie dont il est totalement dépourvu. Ses servantes se succèdent machinalement dans une pratique du sexe sans passion réelle (la feinte est de rigueur) ni conviction. Ne parle-t-on pas de "travail" sur le lieu de tournage ?
La Cicciolina (qui n'est pas réellement belle) le présente comme l'espace d'un plaisir débridé, jubilatoire. C'est dans ses foucades, ses puérilités, ses tentations de s'intégrer à la société (à travers la politique lorsqu'elle est députée au parlement italien, lorsqu'elle est modèle-épouse de l'artiste (?) Jeff Koons) qu'elle donne la vrai dimension de sa démarche. Les brûlures de l'érotisme sont fardées aux couleurs pimpantes de la réussite sociale et d'une provocation plus naïve que perverse. Elle ne laisse finalement, qu'une image schématisant l'érotisme à la portée de tous et sur un air de carnaval. Aux frontières de la nursery dont elle aime emprunter les peluches qui trahissent l'adolescente attardée. C'est à travers les icônes qu'elles générent que les actrices survivent. Dans un climat moins sulfureux que pétillant la Cicciiolina s'est imposée comme une sorte de Lolita dévergondée.

Mallarmé chez lui.

Posté le 28.03.2008 par soleildanslatete
Mallarmé chez lui.

Passant, rue de Rome, dans la rumeur persistante des automobiles qui filent vers le boulevard des Batignolles et celle des trains qui glissent dans la tranchée menant à la gare Saint Lazare (Mallarmé en souffrait) on frôle (souvent distraitement) l'immeuble où venaient, pieusement, ses admirateurs pour l'écouter deviser, appuyé nonchalement à sa cheminée. Il y avait là Verlaine et Valery, les symbolistes et Claudel, toute cette fraction de la jeune littérature qui au tournant de deux siècles préparaient une nouvelle ère de penser, de dire, d'écrire, de formuler le monde. Celui du réel et celui des rêves.
Le voici, vu par Manet. A demi couché sur un divan (une pose qui lui est familière) peut-être celui là même sur lequel la belle Berthe Morisot, venant rendre visite à son ami, aimait aussi se reposer ( et poser pour ses beaux portraits). Ce serait alors rue d'Amsterdam, dans cet atelier qui fut aussi le "salon" du peintre où il aimait présenter ces toiles que les salons officiels lui refusaient. Un espace de complicité entre artisans des mots et des formes. Mallarmé est aussi chez lui chez son ami Manet (il vient pratiquement lui rendre visite chez jour, en sortant du lycée Condorcet où il enseigne l'anglais). C'est l'heure du thé, des conversations à bâtons rompus où se disent parfois les choses les plus importantes. Le regard intériorisé il distille les mots. Il en fait un alcool fort.

Labyrinthe à l'exemple des fourmis

Posté le 28.03.2008 par soleildanslatete
De la nature des proportions.

Dans l'admirable prose qui lui est coutumière Maeterlinck propose une vision de la constructions des fourmis, abeilles ou termites vue à notre échelle."Le logis de fourmis n'a pas la splendeur ambrée et parfumée du palais des abeilles, non plus que les dimensions formidables et la solidité granitique de la citadelle des termites. Afin de comparer les architectures et de se rendre compte de ce qui se passe en ces étranges demeures, il faudrait l'échelle de l'homme. Nous verrions alors que dans la roche domine une géométrie hallucinante, fastueuse, décorative, et innombrable qui nous paraîtrait infiniment plus sélénétique que terrestre. Dans la termitière s'affirmerait le monstrueux triomphe du ciment armé et du style vertical dans une montagne de pierre haute de six cents mètres et perforée comme une éponge. Enfin, dans la fourmilière nous aurions avant tout le style horizontal aux méandres sans plans et sans nombre, étendant à l'infini des villes catacombes dont nul d'entre nous, si elles étaient à notre taille ne sortirait vivant".
Comment ne pas imaginer ces fortes propositions plastiques quand on aborde l'écriture, et, surtout, l'espace donné à l'écriture qui se moule dans un environnement qu'on lui prépare, lui affecte, lui conçoit pour créer une harmonie.
J'ai, depuis longtemps, et en d'autres circonstances opté pour le labyrinthe, dont l'horizontalité offre de multiples propositions au développement de la phrase, à l'énergie du mot qui s'y niche, s'y fait son propre cocon. De station en station se construit le récit.

Messaline dans les coulisses de Toulouse-Lautrec

Posté le 27.03.2008 par soleildanslatete
Messaline dans les coulisses.

Fouineur des lieux glauques, d'un Paris canaille, Toulouse-Lautrec ne pouvait éviter les lieux de plaisirs de la capitale, cabarets, dancings, théâtres où l'on joue et rejoue les fastes des Cours dépravées, des figures fatales et sanguinaires, des destins tragiques ( il y a du tragique chez Toulouse-Lautrec). Coulisses et promenoirs sont les espaces de tous les fantasmes qu'incarnent les acteurs dont c'est le pouvoir de donner corps à des figures de l'imaginaire. Entre rois perdus et courtisanes condamnées par leur destin voici que s'élève, magnifique et sombre, la haute silhouette de Messaline. Celle qu'Alfred Jarry a traîné dans les bouges infâmes d'une Rome de la décadence. Jarry un contemporain et un farceur qui peut inventer des vies à la mesure de son imaginaire et se vautrer dans la débauche par personnes interposées. Femme fatale, femme de sang et de stupre à la fois fascinante et redoutable. Jarry retrouve Toulouse Lautrec qui passe de la fille de joie à l'impératrice débauchée, car il s'agit d'une même soumission aux lois du sexe qui auréole leur démarche et les précipite dans l'infamie.
Il fallait de dessin nerveux, cruel et direct de Toulouse-Lautrec, la palette de feu et de faste pour donner corps à un rêve qui tourmente les âmes sensibles.

Coin d'écriture, en hommage à Max Jacob.

Posté le 27.03.2008 par soleildanslatete
Coin d'écriture.

Ecrire ! la grande affaire. Mais où, et comment ? A se promener dans l'histoire des lettres on trouve nos grands écrivains dans leur "bureau" (comme des hommes d'affaire), dans ce cabinet qu'ils conçoivent à leur image. Un cadre propice à la rêverie qui précède la création, dans laquelle elle peut s'ancrer. Je préfère l'idée du "laboratoire central" invoquée" par Max Jacob. Un espace qui n'est pas coupé du monde mais d'où partent (comme les oiseaux échappés d'une cage) les mots que l'on y aura agencés. Vagabond, Max Jacob pouvait recréer son laboratoire central là où il était. Dans sa chambre sordide du Bateau Lavoir, dans son refuge de Saint Benoît sur Loire. Un lieu modeste (pauvreté oblige) mais où quelques livres de référence, des crayons et tous ces modestes instruments de la création d'images constituent la panoplie de l'artiste, car ici, mots et images, peinture et poésie cohabitent.
J'aimerais constituer une sorte de catalogue des lieux de la création, inventorier les espaces ainsi auréolés du pouvoir d'aider (sinon de susciter) l'émergence de l'idée, de la forme. Créer, n'est ce pas donner forme à une idée, à une pulsion, à un élan, à une émotion. J'aime le voisinage d'une fenêtre qui donne sur l'espace environnant (voir "De ma fenêtre", placé sous le signe de Colette) mais ici, c'est l'angle imagé où s'alignent photos, dessins, souvenirs et toutes ces petites choses qui nourrissent notre quotidien. En faire l'inventaire ce serait déjà offrir les étapes de notre mythologie personnelle. Les contempler, c'est un peu comme feuilleter un livre, (un album) où l'on entasse ces miettes de notre cheminement dans le réel.
J'ai souvent rêvé à ces romancières anglaises qui écrivaient dans leur cuisine (souvent des chefs d'oeuvre en sont sortis entre recette de gâteau pour le thé et courrier domestique !), j'aime aussi écrire au creux d'un jardin qui se fait doux à nos pas, et à nos regards. Imaginons comment écrivaient Dostoïevski, D.H Lawrence, James Joyce, Anatole France, Katherine Mansfield, Julien Green, Jean Paul Sartre, Jules Michelet, Louis Ferdinand Céline, Jean-Jacques Rousseau etc....
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