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Nom du blog :
soleildanslatete
Description du blog :
tribune autour de l'art et la littérature
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
30.12.2007
Dernière mise à jour :
16.05.2008
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Georges Ribemont Dessaignes au crépuscule.

Posté le 06.04.2008 par soleildanslatete
Ribemont Dessaignes le flambeur.

Le souvenir en est devenu flou. C'était à Saint Jeannet, dans ce midi flamboyant où les cadres supérieurs et les poètes finissent leur vie dans l'intimité des fleurs et du soleil couchant. Une modeste maison, serrée dans sa végétation ardente. Un couple souriant, voûté, et lui, figure de légende, attentif aux mots qu'il distillait comme un alcool. Parlant de sa jeunesse (qui fut tumultueuse) de ses amitiés, qui furent ardentes (avec André Breton, Louis Aragon, Philippe Soupault, Man Ray, Max Ernst,, en somme toute l'aristocratie du mouvement surréaliste) il y mettait cette pointe d'humour qui est de sa nature. Les souvenirs ne sont ni pieux ni mélancoliques, mais vigoureux et comme des flambeaux pour éclairer les générations à venir. Comment lui dire la joie de rencontrer l'homme des aventures de l'esprit, d'une impertinence que seul un bourgeois (qu'il était d'héritage) pouvait user vis à vis d'une société dont il ne voulait pas tirer des profits faciles. Il va naviguer en haute mer de la poésie la plus radicale, on va le voir dans tous les scandales "dada" qui repoussent et repensent le monde. On est au lendemain de la guerre, dans un odeur de sang pas séché et d'appétits qui passent par les mots qui tuent et l'amour (qui tue aussi).
Il avait dessiné, peint, il était revenu à une vision naturelle et immédiate du monde. On en reparlera.

Bric à brac sous le signe de Georges Bru.

Posté le 05.04.2008 par soleildanslatete
Bric à brac.

Chacun se fait son album de photographies (esprit de famille, voyages, club de fans...). On peut aussi "composer" les images recueillies au hasard (cartes postales, photos arrachées à des publications, souvenirs personnels) dans un tableau de "référence". On y marque ses admirations, sans doute ses fantasmes, et ce rien de hasard qui veut que deux images confrontées en disent plus que chacune d'elle isolée. Ici l'admiration portée à Georges Bru prédomine. D'un dessin fusant et "sulfureux" on a été conduit à dénicher des images d'un érotisme très intellectualisé (le plus corrosif). Mais on y fait aussi allusion à Jean Tinguely dont les folles machines enchantèrent mes années de critique d'art débutant. Il m'avait même prêté une machine pour une exposition au Soleil dans la tête, intitulée "Eloge de l'automatisme" (elle fut très contestée).
Dans la coulée des images, de furtives allusions à la sagesse orientale (portique et marche d'un temple). Comme quoi débauche et réflexion ne sont pas antinomiques.

René Laubiès traducteur d'Ezra Pound

Posté le 05.04.2008 par soleildanslatete
Traces et nuages.
S'il est assimilé au groupe des "nuagistes" (Duvillier, Benrath, Lerin, Graziani) René Laubiès n'y trouve pas la totalité de son registre pictural qui relève aussi de la trace. Effet du souvenir, recherche "en soi" de ces zones incertaines où se formule la constitution d'une sensibilité, s'organise un paysage intérieur.
Alors que la main qui peint délie, dans le nuagisme, une certaine souplesse d'expression, une sorte de laisser aller selon son émotion, une adhésion exquise avec l'instant ( portant aux limites de la formulation du réel ce bain essentiel avec son environnement) René Laubiès marque avec une certaine insistance la surface peinte, s'y accroche, y définissant sa présence avec une certaine permanence, retrouvant le hiératisme des sceaux, des sigles et des inscriptions pieuses qui marquent la pierre des temples. Ce qui le fait doublement héritier de l'art oriental. Dans sa transparence lyrique, son élasticité et le jeu subtil de la lumière, et ce caractère méditatif qui inspire les rituels calligraphiques qu'il découvre à travers Victor Segalen et même la poésie d'Ezra Pound (dont il a donné une excellente traduction).

En ordre de Bataille.

Posté le 05.04.2008 par soleildanslatete
Ne fallait-il pas à l'ère de l'Apocalypse (même pas joyeuse), un émetteur de la pensée, celui qui formule dans des textes sulfureux et souvent dans la brièveté de l'aphorisme ce que le quotidien nous cache.
Penser, et surtout la formuler, quand elle n'est pas dans le sens de l'opinion commune, est un acte grave, périlleux, provocateur. Georges Bataille n'aura tiré du surréalisme qu'il frôle ( mais y pratique plutôt des amitiés individuelles, comme avec André Masson et Michel Leiris), qu'un terrain d'affrontement propre à aiguiser sa propre démarche, lui donner ce ressort sans quoi une oeuvre ne devient que singulière alors qu'elle veut s'engager dans une lutte partagée, un front commun, et s'inscrire dans la vitalité d'une génération.
Solitaire, l'oeuvre de Bataille serait restée au niveau (de second rayon) des curiosités (d'ailleurs ne dit-on pas "curiosa" pour les oeuvres "érotiques").
Sachons une bonne foi pour toute que l'érotisme n'est pas au coeur de l'oeuvre de Bataille, il est l'instrument de sa rébellion.
Son oeuvre a ce caractère sulfureux des propos qui ignorent les fausses pudeurs, les interdits, les préjugés et donne entière liberté aux forces de l'esprit (fut-il dérangent) . Méditons cette note radicale : "une conscience sans scandale est une conscience aliénée". Et c'est contre cette aliénation générale qu'il part en guerre.

Alfred Jarry auteur de roman de gare.

Posté le 04.04.2008 par soleildanslatete
Alfred Jarry, écrivain populaire.

Même ceux qui l'apprécient ne nient pas que le style d'Alfred Jarry peut être souvent hermétique. Le créateur de la Pataphysique se devait d'inventer un langage codé. Il est intéressant d'imaginer qu'il faille, pour accéder au fond de sa pensée, au coeur de son univers, à l'intérieur (chatoyant) de son esprit bouffon et angoissé, se munir d'un viatique, entrer dans un système où le jeu n'est pas exclu. Une littérature comme un terrain d'exploration.
"L'Amour en visite" échappe à cette vision de l'écriture (et d'une certaine manière aussi UBU qui est un pavé dans la mare).
Pour "L'Amour en visite" Jarry avait voulu qu'il fut écrit "comme tout le monde". Dans l'esprit des romans populaires. Ce serait un "roman de gare" avec une pointe d'érotisme, un esprit satirique. Il lui arrive de s'inspirer de sa propre expérience. On sait que la sulfureuse (?) Berthe de Courrière est l'un des personnages (ridiculisé) de cette distribution inconvenante.

Michelet sur le pavé parisien

Posté le 04.04.2008 par soleildanslatete
C'est dans le Paris noir encore de ses troubles révolutionnaires, dans le quartier des Halles, à l'angle exact de la rue Tracy et de la Rue Saint Denis, que va naître, en 1798, Jules Michelet. Dans une église désaffectée transformée en imprimerie au moment de la Terreur, où toute la famille est mise en à la tâche. Bientôt l'emprise de Napoléon écrase la presse et rend encore plus difficile l'avenir de la petite entreprise de monsieur Michelet père. La famille déménage dans ce Paris encore médiéval (rue des Bons Enfants - au numéro 6-, boulevard Saint Martin, rue du Carême Prenant, rue Notre Dame de Nazareth). D'imprimeur, monsieur Michelet père devient "gérant d'une maison de santé", 7 rue Buffon, et Jules, suit les cours de l'Ecole Charlemagne où il devient professeur, (de même qu'à Sainte- Barbe), tandis que la famille émigre 49 rue de la Roquette. Désormais c'est la carrière de Jules qui imprime son rythme et marque sa réussite. Remarqué par Guizot il est nommé chef de la section historique des Archives Nationales. Il a un pied dans le terreau, il ne le quittera plus, se donnant tout entier à sa prodigieuse exploration de l'Histoire de France. Devenu veuf, il se lie avec la mère d'un de ses élèves Alfred Poullain-Dumesnil, propriétaire du château de Vascoeuil ( en Normandie) d'où les traces, aujourd'hui de ses séjours (nombreux) en l'endroit. Les positions de Michelet dans ses cours au Collège de France lui attirent de vives critiques suivies d'une suppression de son emploi. La Révolution de 1848 les lui redonne, le coup d'Etat de 1851 l'en chasse définitivement. Michelet peut se donner tout entier à la rédaction de son oeuvre (immense).
L'orientation politique de Michelet le conduit à concevoir un enseignement de l'Histoire proche du peuple dont elle est l'émanation. Une vision amplifiée par une écriture souple, "ardente" qui rejoint le romantisme. Une vision universelle et si large qu'elle englobe maints domaines de la culture (un moment Michelet voulait se consacrer à la philosophie), et ne méprise pas les sciences naturelles.
Il reste un modèle pour l'historien, mais celui qui lira son "Histoire de France" se laissera emporter par le rythme étonnant du style, un ton d'épopée.

Emily Brontë, une fille du vent.

Posté le 02.04.2008 par soleildanslatete
Emily Brontë.

Il suffit de voir leurs visages saisis par le pinceau de leur frère Bramwell qui plonge jusqu'à l'âme. Charlotte, Anne et Emily en groupe frappé d'une sorte de stupeur muette. Comme sous la morsure d'un flash de photographe, le regard perdu. Rentré. Comme on dit d'une actrice, Emily crève l'écran. Son destin est si différent de celui de Charlotte qui va, peu à peu, se nouer en une vie d'écrivain alors qu' Emily est la sauvageonne. Raidie par le refus de tout contact, réservée, elle n'offre en société qu'une silhouette à la fois dure et presque méprisante. Partout en exil, sauf à Hawort et sa lande où elle trouve un espace à sa mesure, un déchaînement des éléments qui lui ressemble et dont elle épouse les affres, les élans, le rythme suicidaire. Elle adhère étroitement à son environnement. Fille des landes, fille du vent. Avec la passion ravageuse qui va brûler les mots de son unique et magique roman : Wuthering Height

La belle endormie cousine d'Ophélie

Posté le 02.04.2008 par soleildanslatete
La Belle au bois dormant.

Le mythe du sommeil traverse le monde des fées et maints contes sont porteurs de ses effets bénéfiques. Cette parenthèse de la vie a la vertu de surseoir à l'issue fatale et à tout destin attachée. Cette projection dans l'avenir, garantissant la survivance de la jeunesse, ne peut qu'être associée à un amour en devenir. Une perspective amoureuse obéissant pratiquement aux mêmes lois. Certifiée par le sort qui aura frappé celle qui ne retrouve vie que sous l'effet de l'amour qu'elle peut inspirer. Source inépuisable d'interprétations aussi variées que généralement inspirées. Intégrant la scène dans un décor à la luxuriance végétale d'une nature exubérante, emprisonnant celle qu'un simple baiser sortira de la nuit bienfaisante dans laquelle elle était plongée. Une nature sauvage qui isole la belle, en son château frappé d'inertie. Il faut qu'il soit abandonné. Le silence le frappe d'une stupeur qui engendre la crainte. L'approcher c'est, comme dans les récits d'initiation antiques, risquer une épreuve supplémentaire, sur un chemin semé d'embûches, une succession de cercles concentriques qui isolent la Belle dans son silence. L'idée de conquête y prédomine, autant que celle du voyage. Le prince charmant vient de loin. Il est de passage.
Dans la diversité des interprétations, l'isolement de la Belle endormie peut être concrétisé par l'eau. On passe insidieusement du mythe de la Belle endormie à la mort d'Ophélie. Victime de l'amour ?

Les femmes fleurs de Felix Labisse.

Posté le 01.04.2008 par soleildanslatete
Les femmes fleurs de Labisse.

Le surréalisme (dont Labisse se réclame bien qu'il n'ai jamais fait parti du groupe et sera plutôt boudé par lui) a des rapports ambigus avec la nature. Soit qu'il l'ignore ou la malmène. D'ailleurs ce n'est pas vers des paysagistes qu'André Breton et ses amis portent leurs préférences mais vers une nature recrée, largement bouleversée, hors mis André Masson qui y va à la hache comme l'explorateur d'une forêt vierge d'ailleurs il n'est jamais plus convainquant que dans ses "visions" tropicales (dans "Martinique charmeuse de serpent"). Seul le douanier Rousseau trouve grâce à leurs yeux. C'est que le caractère proliférant de sa nature (à la fois source d'émerveillement et de crainte) qui lui confère cette dose de poésie qui se revendique de l'esprit surréaliste.
Labisse retrouve ici cette force ravageuse du végétal. Il dialogue avec la femme (qui reste au coeur du monde de ce peintre) la pare et l'enlace d'une manière ambiguë. Et c'est là tout son attrait.

Blaise Cendrars dans les étoiles à Méréville

Posté le 01.04.2008 par soleildanslatete
Blaise Cendrars et les mythes modernes.

Voyageur "pauvre", préfigurant les routards d'aujourd'hui, Cendrars a découvert le monde à ses racines, en ses forces vives, mais sous le couvert de la modernité. Il en est l'un des chantres les plus caractéristiques, les plus convaincants dans la fougue poétique du début du siècle, avec Apollinaire, André Salmon, Valery Larbaud, Arthur Cravan et, à leur corps défendant, les dadaistes , car si ces derniers dénoncent les méfaits de la modernité, ils n'en subissent pas moins l'influence, ne serait-ce que dans l'expression graphique. Et c'est justement dans ce domaine que Cendrars apporte quelques unes des expériences les plus radicales, les plus originales. Ses livres sont construits comme des objets visuels empruntant aux arts plastiques leurs effets les plus marquants. Ce qui explique l'intérêt que lui portent des artistes de ses contemporains comme Sonia Delaunay avec laquelle il réalise le livre "le plus haut du monde" ("Le Transibérien") ou Chagall, et surtout Fernand Léger qui joue avec tant d'allégresse des lettres et se fait le complice des maquettistes et illustrateurs, avec souvent Cendrars pour complice.
Ce dernier, emporté par le lyrisme qui lui est naturel, dépasse largement les simples données du réel (encore qu'il sache en tirer d'étonnantes tranches poétiques) et se fait le chantre des espaces et des mythes, emporté par une phrase ample, chantante, aux superbes développements. De la terre (celle qu'il découvre dans l'horreur des champs de bataille de la Première guerre mondiale) aux aventures célestes explorées surtout, semble-t-il, lors de son séjour à La Pierre un hameau près de Méréville Essonne, où il aura une grange, y passant, à l'en croire, des nuits d'intense force poétique ( comme Pascal ou Raymond Roussel !).
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