Fred Deux chez lui.
La Châtre (le pays de George Sand) est la dernière étape d'une longue errance pour Fred Deux. De Boulogne et sa cave à Marseille et sa librairie, ou Paris et ses soupentes, il a tracé un chemin d'émotions, de souvenirs, qui vont émerger dans le dessins qu'il conduit ici, au terme d'une rencontre qui l'aura révélé à lui-même, celle de sa femme Cécile.
Le couple doit lutter contre la maladie, ses attaques, ses menaces. Il y aura des passages au grand air de la montagne pour lutter contre la tuberculose (combien, qui sont des créateurs, y auront trouvé leur chemin spirituel), une ferme dans les terres noyées de légendes et un but pour le quotidien, au coeur de cette petite ville à l'harmonie discrète. Retour à la maison. Son apparence est modeste, confortable, mais, le seuil franchi, on bascule dans l'antre d'un collectionneur. Sur les murs des objets africains, d'art populaire, dont les formes ont perdues leurs fonctions et inventent aujourd'hui un vocabulaire plastique propre à renouveler entièrement celui de la peinture ( Philippe Dereux, Louis Pons, Armand Avril) qui avancent à grand pas dans le territoire de ce merveilleux fait avec des déchets, les résidus de la société industrielle. Narquois, insolite, provocateur, fantastique, un art d'assemblage où la main se fait savante pour donner du sens à des rapprochements inattendus.
On n'est pourtant pas dans la ciselante logique des énigmes surréalistes préconisées par Lautréamont quand il vante la beauté de la rencontre d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table à repasser, mais dans les zones buissonnières d'une pensée aimant à se surprendre elle-même, s'appuyant sur des objets simples et rustiques qui portent en eux les traces du temps, l'usure des saisons, la fraîcheur du relatif : bois flottés et aile de papillon ne sont-ils pas les éléments d'un vocabulaire des" Rêveries d'un promeneur solitaire".
Sur la blancheur du mur flamboie une aquarelles d'Henri Michaux. Un signe bref comme une blessure, chatoyant comme l'aile de l'oiseau foudroyant l'espace. On retrouvera souvent l'homme de "La Connaissance par les gouffres" Il est ici chez lui.