Familier de son oeuvre, mais ignorant le peintre, je me suis enhardi à lui rendre visite dans son atelier de la rue des Plantes (à Montparnasse). Je n'avais pour moi que ma jeunesse et l'acuité de ma curiosité. Un coup de sonnette (un peu matinal) me signalait un espace imposant. Ce qu'il était, en bon atelier classique avec verrière donnant sur le nord. La porte est ouverte par un homme qui avait interrompu son rasage (la mousse autour du menton!) et l'air un peu énervé d'avoir été dérangé. Mais c'était l'heure du facteur. La meilleure pour les importuns qui veulent se glisser dans l'intimité des gens. Je balbutie ma requête et miraculeusement elle n'est pas rejetée.
- Attendez, je reviens. Et me voilà planté au milieu de l'atelier lumineux, avec des grandes plantes vertes ( tous les peintres retrouvent le monde du douanier Rousseau) et quelques tableaux sur des chevalets. Des femmes fleurs qui s'ébattent dans des paysages de catastrophe. Je situais Lucien Coutaud dans l'héritage de Chirico, aux marges du surréalisme, et dans l'invention d'un monde de désastre planétaire. Il sortait des horreurs de la guerre, aimait les poètes romantiques, Son univers me captivait.
Sans fausse honte je lui demande s'il accepte d'envisager de donner un dessin en frontispice d'une plaquette de poèmes en voie d'être éditée.
La lecture des poèmes était le passage obligé (normal) mais qui fut favorable. On dira bienveillante. L'affaire n'a pas traînée. Il y eu le dessin, il y aura la plaquette. C'était : "Une cage partie à la recherche d'un oiseau", une phrase piquée à Kafka. Il faut des références quand on est jeune, inconnu. Il s'en suivra une amitié, un autre livre ("L'Herbe sage" éditée par René Rougerie). Et une constante attention à une oeuvre flamboyante qui avait erré du côté de Paul Claudel, de Gilbert Lely, de Robert Desnos, en quelque sorte, des voisins prestigieux.