
Alors que la poésie se livre à de furieux assauts de modernité, s'ouvre à des rythmes nouveaux, chahutés, les poètes fantaisistes "fédérés" par Francis Carco, revendiquent plutôt l'héritage des classiques ou encore des précieux des XVI° et XVII° siècles. On est plus du côté de Ronsard que de Cendrars. Et pourtant, dans l'optique du mot à facette comme l'enseigne un Mallarmé attaché à lui rendre son sens plein. Sinon que, celui-ci, exige du mot qu'il soit essoré de toute vulgarité, pour retrouver son essence même, alors qu'autour de P-J.Toulet, et surtout celui-ci, le poète joue avec le mots. Il n'est pas partisan de la spontanéité, voire de la culture de l'inconscient que préconise le surréalisme, mais le poème est le produit d'une chose construite, un peu comme pour Valery, sinon qu'il ne prétend pas intellectualiser la pensée mais à en dire la profonde adhésion avec des instants de perfection mentale. Dans le creuset de la mémoire par exemple. Certaines phrases de Toulet, complexes en leur développement et si riches de connotations, pourraient rivaliser avec Marcel Proust. Avec peut-être, paradoxalement, un rien de désinvolture qui n'est pas dans le propos de l'auteur de "La Recherche du temps perdu" et une sorte de fraîcheur retrouvée au delà de l'effort créatif. La poésie n'est pas non plus guidée par une théorie. Les fantaisistes ne constituent par une "école" à une époque où il y en a tant, où toute avancée dans le domaine de la création semble ne pouvoir se concevoir que sous une bannière qui en affiche les ambitions. Ils restent des indépendants, et leur production est relativement mince, de surcroît furtive dans la précipitation des courants esthétiques et artistiques qui précédent la première guerre mondiale.
"avec paradoxalement un rien de désinvolture qui n'est pas dans le propos de l'auteur de la Recherche du temps perdu"... Marcel était donc un théoricien un peu lourd ?