Comme Gérard de Nervail il perd sa mère jeune encore (à sa naissance), comme Baudelaire il découvre l'exotisme au delà des mers (à l'île Maurice), et comme sa contemporaine Colette il est le nègre de Willy. I
ll noctambulise avec Jean de Tinan, Curnonwsky ("le prince des gastronomes"), il tâte de la drogue, des alcools forts, des filles faciles. Il en sortira "Mon amie Nane", si loin de Zola qui veut témoigner quand lui joue sur la corde de la fantaisie. D'ailleurs toute son oeuvre repose sur une certaine légèreté d'être et d'écrire qui fait son charme et le pose comme "modèle" auprès des poètes de sa génération qui le reconnaissent alors qu'il s'est retiré dans son Béarn natal, usé et malade, attendant la mort en lisant avec ferveur "La Gazette des Beaux Arts". Toute une génération le revendique où l'on trouve Francis Carco le fédérateur mais aussi Tristan Derème, Jean Pellerin, Léon Vérane, Jean-Marc Bernard, Tristan Klingsor, Franc-Nohain.
Il est, pour ses commentateurs "un homme de 1900" égaré dans le XX° siècle.
Il pratique "ce fuyant plaisir de vivre" joueur, noceur, avec une pointe de nostalgie.
Dandy de coeur il le grappille comme ses textes qui paraissent dans ces multiples petites revues où l'on n'est pas trop regardant sur le style, vantant surtout des intrigues capables d"émouvoir les midinettes et d'exciter les bourgeois engoncés dans leur respectabilité, des revues "très décolletées".
Quoique fêtard il "produit" des romans qui se veulent commerciaux ("Monsieur du Paur, homme public", "Les tendres ménages" ,"La jeune fille verte", "Les demoiselles La Mortagne") mais c'est quand il se glisse sous la signature, alors prestigieuse de Willy qu'il rencontre le succès, par personne interposée.
C'est finalement à travers la poésie qu'il donne sa vraie mesure. Serrée dans la métrique la plus conventionnelle elle déborde d'images charnues quoiqu'arrachées à une sensibilité prompte à s'ouvrir pour les menues choses qui accompagnent le déroulement des vies. Atmosphère, atmosphère quand tu nous donnes ces pages tendres et savoureuses à la fois.
Comme le fera la grande danseuse (fort galante) Cléo de Mérode ( on la retrouvera bientôt), Paul Jean Toulet s'écrivait de menus et savoureux billets. La manière la plus sûre d'avoir du courrier. Encore qu'il n'en manque pas dans sa retraite. Ses amitiés lui sont fidèles et son attrait pour l'art draine une foultitude de catalogues dont il s'entoure dans une relative solitude (quoique marié mais mal) s'intéressant alors à l'art quoique sans audace mais une pointe de scientisme qui est peut-être un trait de malice.
Il commente Toulouse-Lautrec, Degas, Vuillard, Maurice Denis mais, en revanche, ne voit rien venir du Bateau Lavoir d'où pourtant, allait partir l'art moderne.