Posté le 25.04.2008 par soleildanslatete
Hebri Parisot le lettré
Henri Parisot n'est pas que le destinataire des fameuses "Lettres de Rodez" qu'Antonin Artaud écrivait de l'asile où il était enfermé, mais bouillant d'une ardeur créatrice qui passe par cette correspondance fulgurante et pathétique.
Henri Parisot a fait une longue carrière dans l'univers des lettres, en partant de la boutique "provinciale" de José Corti où il rencontre René Char, et par lui, les surréalistes. Parisot se fait alors le manager de Arp, Benjamin Péret, Chirico et affirme sa passion de traducteur en faisant publier des textes de Kafka, Léonora Carrington, Alberto Savinio, Edgar Poe, Coledridge, et sutout Lewis Carroll dont il est bientôt considéré comme le meilleur spécialiste. Il créé aussi plusieurs revues qui sont devenues légendaires, comme "Les Quatre Vents", "K", et des collections électives comme "L'Envers du miroir", "L'Imagination poétique", L'Age d'or" où paraissent de nombreuses petites plaquettes de textes rares sous la couverture énergique de Mario Prassinos. C'est lui qui fait connaître à ses amis surréalistes le petit prodige qu'est alors Gisèle Prassinos.
Il venait souvent, en voisin, au Soleil dans la tête, s'amusant à contempler l'activité (fort ralentie) de la librairie surtout fréquentée par des amateurs de poésie et tout le gratin de la Sorbonne. Il lui arrivait de croiser des amis et relations, tel Jean Cocteau à la fin de sa vie, qui vantait la vitrine qui lui était en partie consacrée pour la sortie d'un de ses livres. Souvenirs, souvenirs, la conversation glissait vers l'intime. Henri Parisot, n'était pas à l'ombre des grands hommes, il leur donnait la réplique de son intelligence et de sa fine culture.
Posté le 25.04.2008 par soleildanslatete
Dans l'intimité des livres.
A sa façon d'ordonner sa bibliothèque on révèle sa manière de lire, et sans doute, de concevoir la littérature. L'art de la lecture épouse les goûts de celui qui la pratique. Dans le désordre, la passion désordonnée des découvertes, des foucades ; dans la rigueur, la méthode de celui qui l'aborde avec le sérieux de l'historien.
On entasse les livres dans la fouillis du quotidien comme on lit, on s'immerge dans l'océan des mots, des images et l'on se laisse porter. On est un rêveur. Parfois, au terme d'une navigation tourmentée, on peut éprouver les besoin de mettre un peu d'ordre. On rangera les livres par famille, dans des voisinages qui sont autant d'affirmation du regard de celui qui les agence.
Le rangement par ordre alphabétique étant celui du libraire. Encore que certains (fins connaisseurs) risquent des architectures mentales où l'amateur peut se laisser guider. Un poète amène à un autre, une "école" s'appuie sur telle autre. On refait l'histoire de la littérature à sa manière. On la signe.
Le lecteur passionné aime se promener dans les rayonnages, retrouver des figures familières, parfois dénicher une espèce rare, l'inconnu que, bientôt il va, à son tour, faire connaître. Un bon lecteur est un "passeur" comme le libraire qui peut revendiquer ce titre.
Quand un lecteur arrive chez un amateur de livres il se précipite sur la bibliothèque pour "déchiffrer" celui qui l'a conçue. Qui n'a pas ainsi, au risque d'être impoli, traîné un oeil attentif ( gourmand) sur les rayonnages, alors qu'on en est aux préambules d'une discussion, peut être d'une connaissance qui exige des rites rigoureux.
Posté le 23.04.2008 par soleildanslatete
Proche de l'écriture, écriture démultipliée par l'énergie de la main, l'oeuvre de Garcia-Mulet évolue aux limites du graphisme (il a d'ailleurs une formation de metteur en page, de graphiste). Le mot éclate, se boursoufle jusqu'à l'invention d'un signe, d'une image, d'un rythme. D'où l'ardeur créatrice qui dépasse le réel dont elle s'inspire, lui fait des pieds de nez, joue avec la vélocité d'un musicien du jazz qui improvise autour d'un thème, malaxe le son comme ici l'écriture est réinventée, sous tendue par une sorte de fièvre, ou de jubilation, car il n'y a rien de morbide dans ce monde qui, bientôt va rejoindre celui des Mickeys de BD enfantines.
Posté le 23.04.2008 par soleildanslatete
II est parc autant que cimetière. On s'y promène dans une atmosphère de quiétude qui n'est pas morbide et l'accumulation de tombeaux richement décorés en fait un véritable musée de la sculpture.
Jardin du père La Chaise ( d'où son nom) qui fut le confesseur de Louis XIV, récupéré dans le vaste plan de rénovation de l'urbanisme parisien au début du XIX° siècle il fut confié à Brongniard ( à qui l'on doit aussi le palais de la Bourse). Rapidement, il devient un lieu de sépulture recherché. Pour donner de l'élan à sa reconnaissance on avait "imaginé" le tombeau d'Héloïse et Abélard ce qui était une manière de lui donner un peu de charme et l'idée répondait au succès du musée des Monuments français installé alors dans les locaux de l'ancien couvent des Augustins créé par la reine Margot (aujourd'hui l'école des Beaux-Arts).
Le goût des musées lapidaires, de l'archéologie qui se développe accompagne la création du cimetière le plus beau, le plus riche, le plus sublime de Paris et qui devient un véritable jardin des célébrités ( voir le livre incontournable de Michel Dansel sur le sujet).
"La mort ayant inspiré surtout au XIX° siècle, la plus fabuleuse débauche de pastiches, d'allusions, de références, comme si l'homme contraint d'abandonner ses biens voulait, sur sa dernière demeure, prendre sa revanche, rassembler en un mixage hallucinant, d'ultimes, mais pense-t-il alors, impérissables bornes qui témoignent des ses croyances, de ses mérites : ce qu'il fut" (extrait du Guide des Parcs et jardins de Paris, éditions Horay).
C'est un véritable woos who de célébrités, de Musset à Edith Piaf en passant par Chopin, Colette, Daumier, Corot, la Fontaine, Molière, Daudet, Nadar, Michelet, Radiguet, Raymond Roussel, Villiers de l'Isle Adam, Loie Fuller, Marie Laurencin, Apollinaire, Marcel Proust, Modigliani, Maurice Thorez, Sarah Bernhardt, Sully Prudhomme, Balzac, Nodier, Géricault, Max Ophuls, Seurat, Christian Bérard, Talma, Oscar Wilde
A qui le tour ?
Posté le 22.04.2008 par soleildanslatete

Alors que la poésie se livre à de furieux assauts de modernité, s'ouvre à des rythmes nouveaux, chahutés, les poètes fantaisistes "fédérés" par Francis Carco, revendiquent plutôt l'héritage des classiques ou encore des précieux des XVI° et XVII° siècles. On est plus du côté de Ronsard que de Cendrars. Et pourtant, dans l'optique du mot à facette comme l'enseigne un Mallarmé attaché à lui rendre son sens plein. Sinon que, celui-ci, exige du mot qu'il soit essoré de toute vulgarité, pour retrouver son essence même, alors qu'autour de P-J.Toulet, et surtout celui-ci, le poète joue avec le mots. Il n'est pas partisan de la spontanéité, voire de la culture de l'inconscient que préconise le surréalisme, mais le poème est le produit d'une chose construite, un peu comme pour Valery, sinon qu'il ne prétend pas intellectualiser la pensée mais à en dire la profonde adhésion avec des instants de perfection mentale. Dans le creuset de la mémoire par exemple. Certaines phrases de Toulet, complexes en leur développement et si riches de connotations, pourraient rivaliser avec Marcel Proust. Avec peut-être, paradoxalement, un rien de désinvolture qui n'est pas dans le propos de l'auteur de "La Recherche du temps perdu" et une sorte de fraîcheur retrouvée au delà de l'effort créatif. La poésie n'est pas non plus guidée par une théorie. Les fantaisistes ne constituent par une "école" à une époque où il y en a tant, où toute avancée dans le domaine de la création semble ne pouvoir se concevoir que sous une bannière qui en affiche les ambitions. Ils restent des indépendants, et leur production est relativement mince, de surcroît furtive dans la précipitation des courants esthétiques et artistiques qui précédent la première guerre mondiale.
Posté le 21.04.2008 par soleildanslatete
Comme Gérard de Nervail il perd sa mère jeune encore (à sa naissance), comme Baudelaire il découvre l'exotisme au delà des mers (à l'île Maurice), et comme sa contemporaine Colette il est le nègre de Willy. I
ll noctambulise avec Jean de Tinan, Curnonwsky ("le prince des gastronomes"), il tâte de la drogue, des alcools forts, des filles faciles. Il en sortira "Mon amie Nane", si loin de Zola qui veut témoigner quand lui joue sur la corde de la fantaisie. D'ailleurs toute son oeuvre repose sur une certaine légèreté d'être et d'écrire qui fait son charme et le pose comme "modèle" auprès des poètes de sa génération qui le reconnaissent alors qu'il s'est retiré dans son Béarn natal, usé et malade, attendant la mort en lisant avec ferveur "La Gazette des Beaux Arts". Toute une génération le revendique où l'on trouve Francis Carco le fédérateur mais aussi Tristan Derème, Jean Pellerin, Léon Vérane, Jean-Marc Bernard, Tristan Klingsor, Franc-Nohain.
Il est, pour ses commentateurs "un homme de 1900" égaré dans le XX° siècle.
Il pratique "ce fuyant plaisir de vivre" joueur, noceur, avec une pointe de nostalgie.
Dandy de coeur il le grappille comme ses textes qui paraissent dans ces multiples petites revues où l'on n'est pas trop regardant sur le style, vantant surtout des intrigues capables d"émouvoir les midinettes et d'exciter les bourgeois engoncés dans leur respectabilité, des revues "très décolletées".
Quoique fêtard il "produit" des romans qui se veulent commerciaux ("Monsieur du Paur, homme public", "Les tendres ménages" ,"La jeune fille verte", "Les demoiselles La Mortagne") mais c'est quand il se glisse sous la signature, alors prestigieuse de Willy qu'il rencontre le succès, par personne interposée.
C'est finalement à travers la poésie qu'il donne sa vraie mesure. Serrée dans la métrique la plus conventionnelle elle déborde d'images charnues quoiqu'arrachées à une sensibilité prompte à s'ouvrir pour les menues choses qui accompagnent le déroulement des vies. Atmosphère, atmosphère quand tu nous donnes ces pages tendres et savoureuses à la fois.
Comme le fera la grande danseuse (fort galante) Cléo de Mérode ( on la retrouvera bientôt), Paul Jean Toulet s'écrivait de menus et savoureux billets. La manière la plus sûre d'avoir du courrier. Encore qu'il n'en manque pas dans sa retraite. Ses amitiés lui sont fidèles et son attrait pour l'art draine une foultitude de catalogues dont il s'entoure dans une relative solitude (quoique marié mais mal) s'intéressant alors à l'art quoique sans audace mais une pointe de scientisme qui est peut-être un trait de malice.
Il commente Toulouse-Lautrec, Degas, Vuillard, Maurice Denis mais, en revanche, ne voit rien venir du Bateau Lavoir d'où pourtant, allait partir l'art moderne.
Posté le 19.04.2008 par soleildanslatete
Une promenade en zig-zag autour de Rabelais. On met ses pas dans ceux de son enfance, un naissance en toute hâte, sans doute dans la voiture secouée qui venait à la Devinière pour les couches de sa mère, une bourgeoise de la ville voisine (Chinon). On gravit quelques marches (les communications à l'intérieur de la maison se fond par l'extérieur) et l'on aborde la chambre censée être celle des premiers vagissements du père de Gargantua de Pantagruel et autres compagnons de foire car le ton est donné.
Rabelais a-t-il trotté dans les chemins parmi les vignes, ce paysage doux et reposant qui témoigne si bien des charmes de la Loire. On le trouvera à Angers (couvent des Cordeliers) à la faculté de médecine de Montpellier, médecin et correcteur d'imprimerie à Lyon (c'était alors une ville du livre), à Rome dans la suite du cardinal du Bellay, à l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, à la cure de Meudon, et 1553 (date de sa mort) à Paris.
La Devinière dans l'aura d'une naissance à l'unisson de ses héros. Une grande cheminée dans la chambre, où l'on enfournait des arbres entiers. Rabelais voit grand.
Posté le 19.04.2008 par soleildanslatete
Jean l'Anselme la poésie de la main gauche.
Ami et complice de Jean Dubuffet (ils ont collaboré à quelques plats poétiques de bon aloi) Jean l'Anselme persiste et signe sa manière qui est d'être à gauche du beau langage, pour naviguer dans les eaux troubles et fortes de l'anarchie langagière, avec des emprunts aux mots des graffitis des non-culturés, des polissons du vocabulaire.
Comme Blaise Cendrars qui peut revendiquer d'écrire de la main gauche : lui, parce qu'il a perdu sa main droite à la guerre - la Première !, l'Anselme parce qu'il a, comme Dubuffet, choisi de se poser contre la littérature rancie (prétend-il) et qu'il réveille avec ardeur.
On avait, au Soleil dans la tête, le goût pour ces marginaux des arts et des lettres. On refusait les frontières, les clans, les écoles, allant vers les "individus", du moment qu'ils illustraient une manière d'être et de créer qui n'était qu'à eux. On faisait se rencontrer des créateurs que rien ne rassemblait et qui pouvaient même se combattre. C'est en allant aux extrêmes que souvent on trouve le juste équilibre et puis à des contacts un peu forcés on voit naître des forces nouvelles.
André Martel, par exemple ( autre ami de Dubuffet) avec ses fantaisies langagières n' avait rien de commun avec Jean L'Anselme qui prône plutôt l'innocence (alors on le voit plutôt du côté de Gaston Chaissac).
Pour le prouver, ce dessin, retrouvé dans les archives du Soleil dans la tête. Typique de son "genre". On en reparlera.
Posté le 18.04.2008 par soleildanslatete
Max Jacob le pénitent blanc.
On connaît l'histoire, mais c'est peut-être une légende : alors qu'il vivait à Montmartre Max Jacocb, après une nuit d'orgie (sic), remontait, sur les genoux, l'escalier qui mène à la Basilique, esquissant là ce goût de la piété et ce rite du pèlerin qu'il va développer à Saint Benoît sur Loire lorsqu'il s'y fixera. Vivant dans l'intimité des moines de l'endroit, il se portait volontaire pour faire visiter les splendeurs de la basilique, prenait un air de bedeau ( qu'il avait naturellement) et expiait là une vie de bohème un peu tapageuse. Il y a du comédien en lui, un bateleur de foire, un rien de provocation aussi, qui compose un personnage attachant et émouvant, car tout ce déballage cachait une profonde et intime douleur. La poésie est aussi une cure de vie pour ceux qui ont du mal à supporter le réel, la vulgarité du quotidien, la bêtise des foules.
Dans son rôle de sage il va devenir le gourou de toute une génération de poètes qui, dans l'entre deux guerres, ne voulaient pas rallier le Surréalisme et penchaient vers une poésie plus intimiste, humanitaire et moins révoltée.
Ce sera l'humanisme de l'Ecole de Rochefort dont Max Jacob est un peu le parrain même si rien dans son oeuvre n'en annonce l'émergence.
Posté le 18.04.2008 par soleildanslatete
De Montmartre au Quartier Latin.
De Montmartre au Quartier Latin était l'itinéraire presqu'obligatoire de ceux qui, au début du XX° siècle, aspiraient à la gloire. Picasso avait montré le chemin. C'est que la Butte Montmartre avait déjà un riche passé. Toulouse-Lautrec, côté bastringues, Renoir côté jardins avaient planté leur chevalet parmi les moulins et Van Gogh y fait un séjour fulgurant. On souffre et s'amuse entre Bateau lavoir ici pour la misère, Moulin Rouge là pour les filles et la musique. En invité d'honneur le bon douanier Rousseau y sort son violon pour faire danser la société choisie que Picasso avait convié pour le fêter, de Marie Laurencin et Apollinaire à André Salmon qui lui, montparno , faisait le lien entre le passé et le futur. Toute cette joyeuse équipée va en effet quitter la rive droite pour occuper la rive gauche, Montparnasse pour les peintres, le Quartier Latin pour les écrivains. C'est l'histoire d'une migration de l'esprit et de la fantaisie, avec ses cortèges de filles ici modèles, là muses, et toujours dans l'esprit le plus inventif. Bientôt la légende va s'emparer de cette histoire. Mais Roland Dorgelès et Francis Carco sont des témoins de premier main, acteurs même de cette histoire. Ils la content avec verve et un sentiment parfois de mélancolie. La Butte Montmartre ce fut leur jeunesse, le Quartier Latin l'entrée dans la vie publique, et même pour l'un comme pour l'autre la reconnaissance de leur talent. Pourtant Carco aime encore évoquer des souvenirs plus tendres où passe parmi tant d'autres ombres, celle de Verlaine, le piéton d'un Paris de plaisir et de souffrance.