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Nom du blog :
soleildanslatete
Description du blog :
tribune autour de l'art et la littérature
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
30.12.2007
Dernière mise à jour :
11.10.2008
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Chic, c'est Chaissac.

Posté le 18.06.2008 par soleildanslatete
Chic c'est Chaissac.

On avait, dans les années 80, donné, sous ce titre, une page du Quotidien du Paris qui était alors un journal florissant, capable de consacrer une page entière au peintre-poète-cordonnier dont nous admirions les oeuvres. Non en les comparant à la "production" de l'époque mais comme expression d'une individualité "farouche" peu disposée à jouer le jeu de "l'artistiquement correct" . On était là, dans la pensée de Dubuffet. S'est-on parfois interrogé sur le fait que ce dernier avait aussi regardé du côté de Chaissac, retrouvant là la boulimie de Picasso qui fait son oeuvre aussi en pillant les autres. Ce n'est pas le propos d'urgence. En revanche redisons combien Chaissac est important pour la santé mentale de notre génération. Et, me semble-t-il, plus encore aujourd'hui où l'on détruit systématiquement l'art du passé, chacun se prenant pour Marcel Duchamp, dont il n'est qu'un médiocre imitateur.
Chaissac est en dehors de cette querelle des anciens et des modernes. Unique en sa propriété. Il aurait pu être d'une autre génération. Nous avons eu la veine qu'il fut de la notre et que nous pouvions le célébrer.
Chic c'est Chaissac est toujours d'actualité. Une merveilleuse incursion dans la liberté de créer en dehors de tout préjugé, de toute "école", et surtout de toute théorie. Un air frais, celui de la cour de récréation. C'est là, dans l'école où sa femme enseignait, qu'il disposait ses totems. C'est dire qu'il leur avait trouvé le meilleur site pour s'épanouir.



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Des mots en l'air ?

Posté le 17.06.2008 par soleildanslatete
J'en reviens au papier, le support naturel des mots. Il l'était. L'exercice que j'entreprends ici prouverait le contraire. L'usage de l'informatique peut y suppléer. Il n'offre pas la même garantie, le même confort. J'ai une pratique trop suivie et constante de l'écriture "à la main" pour ne pas mesurer toute la distance qu'il peut y avoir entre ce rapport délicieux (encore que parfois conflictuel) avec le papier (Colette ne pouvait écrire que sur du papier bleu) et cette projection aléatoire des mots dans l'espace par le biais de l'ordinateur, cette espèce de machine qui fonctionne à plein régime et nous submerge de mots, d'images, d'information qu'on s'y noierait si l'on n'y prenait pas garde.
Sur le clavier les lettres s'assemblent sous nos mains. L'écriture est une saccade de pulsions ordonnées pas la vison du clavier. On est à bord d'une sorte de véhicule dont on tente de maîtriser l'avance, et qui n'offre pas cette sensualité que prête l'écriture traditionnelle où même le choix de la plume peut jouer sur le devenir de ce qu'on écrira.
Une faiblesse de la machine, c'est qu'elle ne permet pas à la main qui court sur le papier en toute liberté, de s'attarder, de bifurquer, de dépasser les limites des mots pour aller se nicher dans les dessins, car le graphisme est fait de fantaisie, d'inventions permanentes, d'une constante liaison de la main avec l'imaginaire qui la commande et l'infléchit vers des continents que la machine ignore. Ils lui sont interdits.

Baudelaire proche et pathétique.

Posté le 17.06.2008 par soleildanslatete
Le voici donc, magnifique et sublime, théâtral et pathétique, avec son air de dandy fatigué (ou malade) ayant déjà traversé le miroir. Il a conservé cette intensité du regard qui est le propre des hommes de génie (n'est-ce- pas celui d'un Picasso ?)
Un regard qui est autant porté sur soi (à l'intérieur de soi) que sur le monde extérieur. Un regard d'eau et de feu. La blancheur excessive du col détache la tête du corps, en souligne le volume si plein et dense, où sont vigoureusement dessinés les traits qui disent la personnalité, signent l'individu qui porte "à hauteur de la tête" sa folie intérieure. Celui qui n'affiche rien serait-il une négation d'homme, une simple mécanique coulée dans le moule social pour se confondre avec la masse ?
Baudelaire exhibe et promène sa quête comme une enseigne. On ne s'adresse pas, à un tel homme, comme au simple planton qui nous interdit l'entrée d'un lieu que l'on veut atteindre. Et pourtant il est, d'une certaine manière, à la fois la sentinelle et le coeur de cette citadelle qui nous enseigne les profondeurs du monde (et de notre propre conscience).
C'est pourtant à l'instant où il redevient homme (au niveau de notre propre fragilité) qu'il est le plus pathétique, le plus attachant. Soleil noir de notre modernité, il est le frère sublime de Gérard de Nerval.

Les échappées belles de Simonne Jacquemard

Posté le 10.06.2008 par soleildanslatete
Les carnets de route de Simonne Jacquemard.

Simonne Jacquemard est une romancière "à succès" dont on pouvait craindre qu'elle aborde la littérature comme un produit en conformité avec le goût d'un large public. En écrivant un livre intitulé "Les belles échappées" on pouvait pourtant tout espérer. Amateur de cette littérature inspirée par l'errance (l'art de la balade) où se croisent les propos de Léon Paul Fargue, de Restif de la Bretonne, de Jacques Réda, de Philippe Delerm, je pouvais tout espérer d'un ouvrage dont la couverture de surcroît était ornée d'un paysage de Daubigny (notre Constable). Une nature à l'état pur, avec ses ombres mystérieuses, ses douceurs, ses voluptés.
Le texte, d'emblée, nous entraîne dans une merveilleuse promenade rustique. Des notations simples et profondes, spontanées, qui dévident le charme du paysage, le pittoresque des rencontres, le charme de l'instant. On met ses pas dans ceux de l'auteur, et c'est bien la force de ces récits qui ne se fardent pas aux spéculations psychologiques, aux gratuités d'un style fleuri (il a ses luxuriances, ses fantaisies, ses richesses) mais on est proche de l'émotion, au battement de coeur de celui qui use des mots pour se trouver, se retrouver, partager. Un délice.

Germain Nouveau, amant de Rimbaud ?

Posté le 10.06.2008 par soleildanslatete
Germain Nouveau a-t-il été l'amant de Rimbaud ?

Les biographes restent pudiques, et s'ils abordent le "problème" c'est furtivement, et avec des pudeurs effarouchées. La fuite, si spontanée des deux poètes alors qu'ils viennent de se rencontrer à Londres, sur les lieux mêmes où Rimbaud a connu sa vie sexuelle tourmentée avec Verlaine, reste un mystère.
Le bilan de la passion Rimbaud-Verlaine est plutôt désastreux. L'un et l'autre en sortent meurtris. Pour Verlaine c'est la prison ( encore qu'il y trouve le terrain d'une certaine rédemption), pour Rimbaud le pression poétique portée à sa plus forte intensité. Une manière de transcender une expérience malheureuse !
La fuite de Germain Nouveau en compagnie de Rimbaud n'entraîne pas des drames, elle sera brève ( Germain Nouveau habitera bientôt séparément de Rimbaud) mais il en sortira un nouvel élan poétique qui conduit (et confirme) Nouveau au mysticisme. A voir d'un peu plus près, cette double expérience souligne combien une aventure sexuelle (à supposer qu'elle puisse exister pour Nouveau) est l'amorce d'un renouveau poétique qui conduit à l'exaltation de l'âme, la recherche de forces mystiques, l'approche du divin.

Rimbaud au Harrar.

Posté le 09.06.2008 par soleildanslatete
Il est loin le Rimbaud étincelant, poupin boudeur, tel que nous le montre Fantin-Latour. Un Rimbaud insolent, se rendant odieux tant sa beauté lui donne le sentiment d'être invincible. En bout de table, il ignore ses voisins, bientôt les injurie tant, pour lui, la poésie se confond avec l'art de vivre jusqu'au bout ses instincts. Même les plus mauvais. S'épuiser de ferveur et de révolte, sans tenir compte des autres, les méprisant, les dominant de sa force mentale unique et originale. Le pauvre Verlaine y laissera sa liberté, sa vie sociale, et y puisera un renouveau de son génie.
Le voici, Rimbaud, marchand d'arme et de produits coloniaux. Dans la tenue classique de l'Européen sous les tropiques. Un personnage qui tourne le dos à son passé. Conduit sa vie dans la logique du profit, à y trouver d'ailleurs l'estime de ceux qui l'emploient. Curieux destin. On parlera d'un reniement de son passé, de son génie. Voire. N'a-t-il pas tout donné de lui ( et même le pire) à l'âge tendre.
Il s'est fait une autre peau, une âme endurcie à la réalité jusqu'alors refusée, rejetée. Une trajectoire qui donne à réfléchir. Pourquoi le génie devrait-il se parer de toutes les forces de la révolte ?

Le Palais Royal de Colette.

Posté le 03.06.2008 par soleildanslatete
Le Palais Royal de Colette.

Fille de la campagne, et comme personne sachant exprimer la sensualité enivrante de la nature, Colette, devenue auteur reconnue, s'installe au Palais Royal. Elle y est la voisine de Jean Cocteau qui vit dans un entresol sombre mais somptueusement meublé et empli des souvenirs d'une vie qui croise celle de tous les grands créateurs de son temps.
Colette est volontiers à sa fenêtre. Condamnée à la position couchée des grands malades elle a disposé son lit de telle sorte qu'elle a une vue privilégiée sur l'activité du jardin. Elle en note avec malice, un brin de sentimentalité, les menus incidents. Des rapports du jardin avec son regard avide et original on a une histoire du jardin qui n'est pas celle des historiens accumulant les incidents dont il est le cadre. On devrait dire "le théâtre" tant tout ce qui s'y déroule relève de l'épopée de l'esprit et de la fièvre sociale : promenade quotidienne de Diderot ( il la conte lui-même), emportement oratoire de Camille Desmoulins (quand on sait que la Révolution française est surtout une affaire de rhétorique, de verbe outrancier et volontiers déclamatoire), drague des beaux cavaliers en quête d'aventures galantes (c'est là que l'époux de la perfide Jeanne de Valois rencontre Nicole Le Guay, un sosie de Marie Antoinette qu'il manipule pour duper le cardinal de Rohan), ou encore du jeune Napoléon Bonaparte, étudiant militaire en mal de tendresse, et toutes les catins qui dévoilent leurs seins sous des voilages savants.
Colette y voit le quotidien. Celui de Paris tout entier qui y couve ses émotions les plus raffinées, ses incidents les plus subtilement vains, car c'est de la futilité des choses que l'on fait aussi le charme des mots.

René Dalize c'est l'enfance d'Apollinaire, c'est l'aventure des "Soirées de Paris"

Posté le 03.06.2008 par soleildanslatete
René Dalize, la jeunesse d'Apollinaire.

Si Apollinaire ne lui avait pas dédicacé "Calligrammes" , connaîtrait-on René Dalize ? Guillaume le rencontre au collège (à Monaco où sa mère, femme galante, tente de s'insinuer dans les bonnes grâces des potentats noceurs de l'endroit). Il est déjà démangé par le goût de l'écriture. René Dalize est un fils de bonne famille, dont le nom est René Dupuy des Islettes, avec un grand père baron d'empire, un père journaliste et la foi d'un jeune rêveur qui séduit le jeune Apollinaire. Adultes, par la suite, à Paris, il fondent ensemble une des revues essentielles de l'époque : "Les soirées de Paris", financée par la baronne d'Oetingen, soeur du peintre Serge Férat, un petit maître du cubisme.
André Salmon lui consacre nombre pages chaleureuses qui dressent un portrait pittoresque de ce garçon égaré dans la vie, qui s'engage dans la marine (il sera officier) puis dans la guerre pour y perdre la vie sur le Chemin des Dames, pas très loin, ce qui est un hasard inouï, du lieu où Apollinaire sera blessé au front.
D'oeuvre de Dalize il en est que parcellaire, perdue pour l'essentiel, et souvent inachevée (publiée par François Bernouard et illustrée par Derain).
On peut s'interroger sur ce qui en aurait été s'il avait conservé la vie et le plaisir d'écrire. Encore qu'à en croire les témoignages de ceux qui l'ont connu, il était surtout un fabuleux conteur. Pas un homme de papier. La parole ailée et inspirée.

Saint Survage !

Posté le 03.06.2008 par soleildanslatete
Survage, un saint de la peinture.

Sa découverte est liée à une histoire d'amour (mais cela relève de l'intime et ne peut-être développé encore qu'il y aurait une belle histoire à raconter autour d'une aquarelle, présentée dans l'exposition rétrospective à la galerie Verrière à Lyon en 1969). S'il fut un des aventuriers de l'art moderne, et proche du cubisme (encore qu'il le traite d'une manière très personnelle) Survage fait, lui aussi, ses classes devant la nature. Comme Braque ou Picasso, avec lesquels il ne démérite pas d'être confronté, il tire de la réalité des compositions de synthèse. D'un paysage, faire un ensemble de formes géométriques. Et pourquoi "un saint", c'est ainsi qu'on l'avait qualifié en le présentant dans le cadre d'un salon ( salon d'Automne je crois) soulignant son indépendance, sa discrétion, (qui va d'ailleurs lui coûter le fait de n'être pas aux premières lignes de l'actualité comme un Picasso qui d'ailleurs regardait son travail avec le plus grand respect).

Paul Fort, presque un voisin.

Posté le 03.06.2008 par soleildanslatete
C'est le hasard (heureux hasard) : Paul Fort est né à Reims (1872) qui était familier à ma famille. On y avait beaucoup d'amis, et maints poètes de ma mythologie personnelle y firent leurs débuts (René Daumal, Roger-Gilbert Lecomte, Pierre Minet, on en reparlera). Il est mort à Montlhéry (1966). Enfant, de la pension où je traînais mon ennui en étudiant le latin et l'histoire grecque, on pouvait parfois l'apercevoir. On devinait sa maison, nichée dans la verdure, sur les hauteurs, et le croiser dans les rues (il avait un fort gros bâton comme celui des bergers, mais guère de moutons à ses pieds que les milliers de vers qu'il alignait pour donner un peu de lustre à l'Histoire de France). Par la suite j'apprends qu'il fut, jeune, lancé sur Paris, au coeur d'un vaste mouvement poétique collaborant avec la fine fleur de l'époque : Valéry, Jules Laforgue, Alfred Jarry, Carco, Gide, Claudel, André Salmon sont à ses côtés. Il met en scène des pièces de Maeterlinck, Mallarmé, Marlowe, Verlaine, dans le cadre du Théâtre Libre qui deviendra le théâtre de l'Oeuvre.
Bien seul en son temps, ne participant pas au mouvement de liberté acquise par la poésie et la poussant hors de ses chemins traditionnels. Pratiquant une poésie proche de la ballade (ne sont-ce pas, justement les "Ballades françaises" ?). Pierre Béarn, bon connaisseur de la poésie, le qualifiait de "trouvère", c'était assez bien trouvé.
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